Nouvelle Semaine artistique et littéraire (La)
Présentation sommaire
La Nouvelle Semaine artistique et littéraire a été créée en février 1928 par le jeune Charly Guyot, dans le but de combler le vide, déplorable à ses yeux, causé par la disparition de la fameuse Semaine littéraire. La nouvelle venue ambitionne ainsi de devenir «un des foyers de la vie intellectuelle suisse-romande», à l’image de ce qu’avait été son illustre prédécesseur. Revue forum, La Nouvelle Semaine se veut un espace de rencontre où des collaborateurs de tous horizons viennent partager leurs sentiments et leurs créations. Plus de soixante collaborateurs, intellectuels, artistes, écrivains, participeront à l’aventure. Cependant, les difficultés matérielles et financières auront rapidement raison de la Nouvelle Semaine qui peine à trouver son public. La revue cesse de paraître en novembre 1929 déjà.
Jeanne Monney & Sofia Wallner
Création
Lorsque La Semaine Littéraire disparaît, en octobre 1927, après plus de trente ans d’existence, Charly Guyot décide de fonder, à Neuchâtel, une nouvelle revue qui reprend en partie des concepts et l’intitulé de la précédente. La courte déclaration liminaire du premier numéro revendique très clairement cette filiation : «"Une revue de plus !" vous écrierez-vous peut-être, amis lecteurs ! "Qu’en est-il besoin, à notre époque saturée de littérature, inondée de papier noirci ?" […] "Oui, une revue de plus ! Parce qu’il s’est produit, l’automne dernier, en Suisse romande, ce fâcheux événement : une revue de moins." On a déploré de tous côtés la disparition d’un périodique aimé, qui avait pendant trente-quatre ans servi les Lettres en notre pays. On a souhaité la création d’un nouvel organe. LA NOUVELLE SEMAINE ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE voudrait s’efforcer de réparer cette perte, de combler ce vide.» De fait, la nouvelle revue adopte le grand format, assez inhabituel, qui était celui du précédent périodique. L’aspect visuel général, la mise en page, le choix des polices d’écriture des deux revues sont également assez similaires.
Jeanne Monney & Sofia Wallner
Equipe
Le journaliste et essayiste Charly Guyot a trente ans au moment de la parution des premiers numéros de La Nouvelle Semaine artistique et littéraire. Il en est le fondateur et le rédacteur en chef. Il ne s’appuie pas véritablement sur une équipe et ouvre les portes de la revue à qui désire y écrire. Le nombre de collaborateurs est important, mais la plupart d’entre eux n’y écrivent qu’une ou deux fois. Quelques personnes toutefois sont plus présentes. Le journaliste et écrivain Maurice Muret donne ainsi toute une série d’articles politiques, principalement en 1929. Le professeur et critique littéraire Charly Clerc profite lui aussi des pages qui lui sont ouvertes pour s’exprimer largement.
Charly Guyot annonce quitter son poste de rédacteur en chef de revue dans le numéro du 1er août 1929, pour des raisons qui restent difficiles à éclairer. On ne retrouve sa signature que dans le dernier article du dernier numéro de la revue.
Jeanne Monney & Sofia Wallner
Etapes
La première livraison de La Nouvelle Semaine artistique et littéraire paraît le 11 février 1928, et le dernier, le 15 novembre 1929. La revue change de nom au court de sa deuxième année de publication, lors de son 9e numéro, le 1er mars 1929. Elle passe alors de 16 à 24 pages, et contient une matière «plus abondante, moins morcelée». Cependant, elle ne paraîtra plus chaque samedi, mais toutes les deux semaines, devenant bimensuelle, comme l’indique le changement de titre qui devient La Quinzaine artistique et littéraire. Cette transformation se justifie par les difficultés financières que rencontre désormais la revue. Un premier retard dans sa parution survient le 1er septembre 1929, à l’occasion de la parution du 21ème numéro. Retard minimisé par la rédaction, mais qui semble être une preuve supplémentaire des obstacles rencontrées par la revue.
La Quinzaine cesse de paraître dès le numéro du 15 novembre 1929, sans publier d’avertissement aux lecteurs ou d’article pouvant donner quelques explications quant à sa disparition. Charly Guyot lui-même reviendra sur l’interruption de la publication de la revue dans un article intitulé «Les Revues littéraires en Suisse romande depuis vingt-cinq ans», paru en 1943 dans Les Cahier du Sud. Il explique que la formule était trop vieillie et qu’«il fallait trouver autre chose».
Jeanne Monney & Sofia Wallner
Aspects formels
La Nouvelle Semaine artistique et littéraire est une revue qui paraît hebdomadairement à partir du 11 février 1928. Les parutions ont lieu le samedi et chacun de ses numéros comporte 8 pages. La revue conserve la présentation graphique de La Semaine Littéraire qu’elle a l’ambition de perpétuer. Elle en reprend notamment le grand format (20,5 x 26.5 cm) plus proche du journal que de la revue. Le style va s’épurer dès le numéro du 4 août 1928. Un changement de police est opéré sur le titre et la mise en page de la couverture varie également, elle est allégée et contient moins de publicité. On y trouve un sommaire avec le nom des auteurs du numéro ainsi que les titres des textes publiés. La revue contenait plusieurs publicités et se vendait au prix de 30 centimes. Quelques illustrations sont présentes, mais pas dans tous les numéros. Elles varient entre des photographies de personnalités ou des peintures. Finalement, un encadré est présent dans chaque numéro, soit en début, soit en fin de numéro avec les titres de la prochaine parution. Dès le numéro du 23 février 1929, on y introduit de la couleur.
Dans la revue, la politique trouve sa place à côté la critique littéraire. Les arts plastiques, la musique, les sciences plus rarement, font l’objet de divers essais et de chroniques. Chaque numéro propose une œuvre d’imagination, conte, nouvelle ou poèmes. La revue reprend certaines des rubriques phares de son ancêtre, notamment les «Echos de partout» et «La vie en Suisse».
Jeanne Monney & Sofia Wallner
Positions
Dans son premier numéro, la revue affirme sa neutralité artistique comme politique: «Nous n’avons aucun parti-pris, nous n’affirmons aucune tendance exclusive : nous croyons encore [...] que de bons esprits, très divers de formation et de culture, ont intérêt à confronter leurs idées, et que, dans les colonnes d’une revue, comme dans un salon, il peut régner un ton de bonne compagnie et d’estime réciproque.» En outre, la revue tient à informer les lecteurs qu’elle n’est le porte-parole d’aucun groupement politique.
Cependant, Charly Guyot étant influencé par les idées de l’Action française, le lecteur attentif ne manquera pas de relever la présence récurrente de certains thèmes qui ne sont pas sans présenter quelques points de ressemblances avec la doctrine maurrassienne, d’ailleurs Maurras est cité plusieurs fois durant les deux années de publication. L’antigermanisme et l’affirmation d’une identité latine de la Suisse romande, la méfiance face à l’Etranger, les réticences face au parlementarisme, autant d’indices de cette proximité. Autre indice, la proximité affichée avec Gonzague de Reynold. En 1928, dans le troisième numéro de la revue, la rédaction décide de publier deux fragments de l’ouvrage La démocratie et la Suisse, que ce dernier est en train d’achever. La rédaction, enthousiaste d’avoir la primeur de la diffusion du texte, estime que ces quelques pages, diffusées en deux fois (dans le numéro 5 également) sont «importantes». Eddy Bauer écrit également un article élogieux sur Gonzague de Reynold dans le dixième numéro de La Quinzaine. Un autre texte de Gonzague de Reynold est publié dans le sixième et le septième numéro de 1928 : «L’élément urbain. Le rôle de Zurich».
Le surréalisme donne aussi à la Nouvelle Semaine artistique et littéraire l’occasion de manifester son positionnement politique. Dans un premier temps, la revue ne mentionne jamais ce mouvement qui fait pourtant beaucoup parler de lui en France. En juin 1928, dans la rubrique «Les livres nouveaux» Guyot se laisse pourtant aller à une recension assassine d’un essai de Pierre Naville, La Révolution et les Intellectuels. «Les deux études dont se compose ce petit volume expriment l’attitude des surréalistes à l’égard de la bourgeoisie et du communisme. Il faut féliciter M. Naville d’avoir publié ces pages. On sait maintenant à quoi s’en tenir. […] Ce monde qu’ils veulent détruire, ils ne s’en accommodent pas trop mal. Et, d’autre part, les snobs continuent à admirer, sans la comprendre, cette idéologie dangereuse. Dangereuse non seulement pour l’avenir de la société, mais aussi pour les destinées du véritable esprit européen. » De tels emportements sont rares dans la Nouvelle Semaine, mais celui-ci démontre bien le refus total du modernismes tant littéraire que politique.
Jeanne Monney & Sofia Wallner
Financement
Dans le premier numéro de La Nouvelle Semaine artistique et littéraire, la rédaction s’adresse à ses lecteurs pour exprimer un besoin financier lié au lancement de la revue : «Les lecteurs trouveront dans ce numéro un formulaire de chèque postal. En nous le retournant AU PLUS VITE, ils rendront à la Revue un immense service. Les frais de lancement étant très considérables, la Revue sera reconnaissante à tous ceux qui voudront bien s’abonner sans retard : les frais de remboursement en seront diminués.»
Au changement de nom et de la périodisation de publication de la revue, on comprend que celle- ci traverse une crise financière, ainsi qu’on peut le lire dans le neuvième numéro de 1929 : « En dépit des difficultés rencontrées, nous restons persuadés que cette revue a, dans notre pays romand, son utilité. La concurrence des journaux illustrés, celle des gazette et revues littéraires de Paris sont grandes ; elles sont même redoutables. Faut-il croire toutefois qu’un périodique comme le nôtre n’a plus sa raison d’être ? – Nous ne pouvons nous y résigner. »
Les demandes de soutien financier auprès des lecteurs se multiplient dans la revue. Sans grand résultat semble-t-il, puisque la Nouvelle Semaine cesse brutalement sa parution après le numéro du 15 novembre 1929.
Jeanne Monney & Sofia Wallner
Rayonnement
La Nouvelle Semaine artistique et littéraire n’a jamais trouvé son public, ce qui explique la briéveté de sa vie.
De manière fort lucide, Charly Guyot reviendra sur cette expérience en avril 1943, dans un article intitulé «Les Revues littéraires en Suisse-romande depuis vingt-cinq ans» publié par les Cahiers du Sud. Il décrit son échec de la manière suivante :
« Entre temps, La Semaine Littéraire est morte, fin octobre 1927. On tenta d’en reprendre l’esprit et la formule. De février 1928 à novembre 1929, il parut, à Neuchâtel, une plus modeste Nouvelle Semaine artistique et littéraire, transformée, en mars 1929 – on devine après quelles difficultés financière – en Quinzaine artistique et littéraire. Le vin, décidément, n’était pas assez nouveau et probablement aussi l’outre trop vieille ! Il fallait trouver autre chose. L’esprit international de Genève défaillait. Les revues traditionnelles, lentement, étaient allées à leur fin. La nouvelle génération des écrivains et des artistes ne s’accommodait plus de la sorte de syncrétisme auquel s’étaient longtemps tenus les directeurs de revues, faisant une part à la politique, une autre à la religion, à la morale, une autre encore au roman, aux essais littéraires, une – bien mince ! – à la poésie, une enfin, timide, aux beaux-arts. A vouloir satisfaire tous les lecteurs, on n’en contentait plus aucun.»
Jeanne Monney & Sofia Wallner
Textes programmatiques
«"Une revue de plus ! " vous écrierez-vous peut-être, amis lecteurs ! "Qu’en est-il besoin, à notre époque saturée de littérature, inondée de papier noirci ?"
Nous répondons : "Oui, une revue de plus ! parce qu’il s’est produit, l’automne dernier, en Suisse romande, ce fâcheux événement : une revue de moins." On a déploré de tous côtés la disparition d’un périodique aimé, qui avait pendant trente-quatre ans servi les Lettres en notre pays. On a souhaité la création d’un nouvel organe. LA NOUVELLE SEMAINE ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE voudrait s’efforcer de réparer cette perte, de combler ce vide.
Elle se présente sans prétentions exagérées, sans ambitieuses promesses. Notre désir le plus vif est de faire de cette revue un des foyers de la vie intellectuelle Suisse-romande. Nous voudrions y accueillir, largement, tous ceux qui, chez nous, ont une pensée originale à exprimer, un effort artistique à soutenir, une œuvre littéraire à faire connaître. Il est vrai qu’aujourd’hui un écrivain suisse-français a plus de facilité qu’autrefois à faire publier ses œuvres dans des revues ou chez des éditeurs de France. Il est vrai aussi que les revues et journaux littéraires de Paris trouvent chez nous de très nombreux lecteurs. Mais, s’il existe encore une vie intellectuelle Suisse romande, s’il y a un ensemble de traditions qui imposent à notre pensée et à notre art un accent bien reconnaissable, un périodique comme celui que nous lançons a, nous semble-t-il, sa véritable raison d’être.
Cette vie qui est la nôtre, nous voudrions l’exprimer aussi pleinement que possible. Nous n’avons aucun parti-pris, nous n’affirmons aucune tendance exclusive : nous croyons encore – et peut-être cela étonnera-t-il certains, en ce temps d’affirmations sommaires et contradictoires – que de bons esprits, très divers de formation et de culture, ont intérêt à confronter leurs idées, et que, dans les colonnes d’une revue, comme dans un salon, il peut régner un ton de bonne compagnie et d’estime réciproque.
Nous n’en dirons pas plus, sachant bien qu’une déclaration préliminaire doit offrir un mérite au moins : être courte. Que nos lecteurs prennent connaissance de ce numéro et de ceux qui le suivront ! Qu’ils nous jugent ! Qu’ils nous manifestent leur sympathie en s’abonnant ! Nous connaissons toutes les difficultés de notre tâche ; puisse le public suisse nous savoir gré de nos efforts, et comprendre que cette revue nouvelle veut être, selon l’expression de Montaigne, une œuvre "de bonne foy".»
Charly Guyot, Nouvelle Semaine artistique et littéraire, n°1, 11 février 1928.
Avis contemporains
Il n’existe que très peu d’avis contemporains à propos de la revue La Nouvelle Semaine artistique et littéraire. Le Journal de Genève en publie parfois la table des matières. Cette absence de critique à son égard trahit vraisemblablement son insuccès. Cependant, à l’époque, le peintre et journaliste vaudois Ami-Ferdinand Duplain ne se prive pas dans sa correspondance d’épingler La Nouvelle Semaine, Charly Guyot et ses successeurs. Il la qualifie ainsi de « journal des bonnes gens, sans tripe, sans nerf, à thé et à tisane », dans une lettre adressée à Werner Renfer, datée du 18 août 1929.
Jeanne Monney & Sofia Wallner
- Charly GUYOT (1898 - 1974)
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Charly Guyot, en plus d’être journaliste littéraire (notamment aux Cahiers protestants et à Coopération) était un historien de littérature.. Il obtient une licence en lettre à Neuchâtel, puis son Doctorat à Genève. Lorsqu’il termine ses études, il gravit rapidement les échelons d’une belle carrière professionnelle. Il commence par être professeur au Gymnase de Neuchâtel. En 1928, il décroche un poste à l’université de Neuchâtel où il proposera des séminaires de littérature française. La même année, il lance sa revue La Nouvelle Semaine artistique et littéraire. Le poste de professeur à l’université de Neuchâtel lui est attribué en 1943. Il occupera la fonction de recteur de l’Université de Neuchâtel des années 1955 à 1957. Parmi ses écrits, on peut retenir La Vie intellectuelle et religieuse en Suisse française à la fin du XVIIIe siècle, et on mentionnera de très nombreux articles sur Rousseau, Sainte-Beuve, Péguy, Ramuz ou sur l’histoire culturelle du canton de Neuchâtel.
Jeanne Monney & Sofia Wallner
