Mois suisse (Le)
Présentation sommaire
Le Mois Suisse (1939-1945) est une revue mensuelle fondée par le journaliste et écrivain Philippe Amiguet, encouragé et cautionné par Gonzague de Reynold, dans le but explicite de combler l'absence d'un organe intellectuelle de droite en Suisse romande. Appuyée par des journalistes de la Gazette de Lausanne et du Journal de Genève, la revue s'intègre parfaitement, durant les premiers mois de sa publication, dans la version conservatrice de la Défense nationale spirituelle soutenue par la Confédération. Dès l'été 1940 pourtant, le Mois Suisse dérive progressivement vers des positions favorables à l'Axe, ce qui, dès 1941, le prive du soutien de la Confédération, entraîne le départ de plusieurs collaborateurs suisses et le coupe de son lectorat helvétique. La revue ne peut désormais plus que compter sur les subventions directes ou indirectes de l'Italie et de l'Allemagne et elle est diffusée essentiellement en France occupée et dans les camps de prisonniers français en Allemagne. En juin 1945, après la chute du IIIe Reich, le Mois Suisse perd ses financements, ses fondements politiques et toute raison de vivre.
Laura Born & Andrea Casada
Création
Le Mois suisse naît de la rencontre de deux hommes : Philippe Amiguet et Gonzague de Reynold. Le premier rentre de Paris où il a rencontré un certain succès littéraire, et il est à la recherche d’une position ; le second, déjà célèbre, cherche depuis quelques années déjà à lancer une revue qui correspondrait à ses convictions politiques. Le Mois suisse naît aussi d’un moment : la proclamation par le Conseil fédéral d’un programme de Défense spirituelle, qui, face aux influences fascistes ou communistes, doit renforcer les vraies valeurs suisses. Ces dernières sont définies de manière sommaire: l’appartenance à trois aires culturelles, le caractère fédéraliste de sa démocratie, le respect de la dignité et de la liberté de l’être humain. Ce programme assez vague donne lieu à des interprétations différentes selon les sensibilités politiques. Pour Gonzague de Reynold et son ami le Conseiller fédéral Philippe Etter, il s’agit de s’en tenir à une vision conservatrice, voire autoritaire, de ce programme culturel. Le Mois suisse pourrait être un bon vecteur de cette conception d’une culture nationale, et du reste il est dès le départ soutenu par une subvention conséquente de la fondation Pro Helvetia.
Laura Born & Andrea Casada
Equipe
Philippe Amiguet est le rédacteur en chef. Avec l’appui de Gonzague de Reynold vraisemblablement, il a contacté plusieurs écrivains, historiens et journalistes marqués à droite, principalement des collaborateurs de la Gazette de Lausanne et du Journal de Genève, pour s’entourer d’un cercle de personnalités déjà renommées. C’est ainsi que Maurice Muret, Pierre Grellet, Edmond Rossier, Paul Gentizon, Jean Nicollier, Jean Heer, Alfred Lombard, journalistes de la Gazette de Lausanne, de même que Paul Chaponnière, Frédéric Barbey, Georges Wagnière, signatures du Journal de Genève, sont parmi les premiers collaborateurs du Mois Suisse.
Toutefois l’évolution politique de la revue vers des positions axophiles entraîne le départ progressif de la plupart des premiers collaborateurs suisses, à l’exception de Paul Gentizon et de Reynold qui attendra 1944 pour prendre ses distances. A partir de 1941, plusieurs signatures nouvelles remplacent celles des partants. Elles se répartissent en deux groupes : les activistes d’extrême-droite suisses et les collaborateurs française. Dans le premier groupe, on peut citer Théorodore Aubert, Lucien Cramer, Fred de Diesbach ou Arthur Fonjallaz. Dans le second, Edmond Jaloux, René Benjamin, Jules Sauerwein, ou Armand Godoy. A cette phalange se mêlent quelques aristocrates, la princesse de Sixte-Bourbon ou le prince Albrecht de Habsbourg-Lorraine, anciens contacts parisiens d’Amiguet qui, dans les années trente, avait publié quelques hagiographies princières et fréquenté ces milieux.
Laura Born & Andrea Casada
Etapes
Dès sa première livraison en avril 1939, le Mois suisse défend le programme conservateur de la Défense nationale spirituelle. Mais la victoire allemande de l'étét 1940 l'impressionne au point qu'il tient pour acquis et durable un ordre nouveau européen. La revue adapte alors en conséquence son discours et modifie son sous-titre pour devenir: «revue nationale et européenne». En mai 1941, le Mois suisse met directement en cause la neutralité par un article de Paul Gentizon appelant à un alignement sur l'Allemagne nazie. Conséquence de cette attitude: la revue est dès novembre soumise à la censure préventive de la Division Presse et Radio. Contraint à plus de prudence en politique nationale, le Mois suisse n'en soutient pas moins le combat de l'Axe en publiant des articles dénonçant le fléau du bolchévisme contre lequel l'Europe est entrée en lutte. Cette évolution des positions entraîne dès 1941 le départ de plusieurs journalistes et écrivains libéraux-conservateurs, remplacés par des hommes de l'Entente internationale contre la IIIe Internationale et par des intellectuels français vichystes ou collaborationnistes pour la plupart. Plus de la moitié des articles de la revue sont bientôt dues à des plumes françaises. A partir de 1943, la revue exprime clairement ses positions axophiles, publiant des articles favorables à la République de Salò et se réjouisssant de la future mise en service de nouvelles armes allemandes, sans plus se préoccuper de la censure. De son côté, la Division Presse et Radio, considérant que la revue n'a pratiquement plus aucun lecteur en Suisse, préfère ne pas réagir, allant jusqu'à lever en septembre 1944 la mesure de censure préventive prise trois ans plus tôt. Le Mois suisse publie son dernier numéro en juin 1945.
Laura Born & Andrea Casada
Aspects formels
Chaque numéro de la revue se compose d’un minimum de 104 pages à un maximum de 192 pages. La couverture de chaque numéro, toujours d’une couleur différente, présente le titre et le sous-titre de la revue, son plan ainsi que le prix. Sur la deuxième de couverture se trouve souvent la publicité d’une nouvelle publication, réalisée par un des collaborateurs de la revue, voire d’un homme politique dont les idées influencent la pensée de la revue.
La revue propose régulièrement un article de politique étrangère ou nationale. Dans un premier temps, ces articles sont principalement signés par Reynold, qui traite souvent son sujet de manière historique, puis, dès 1943, par Paul Gentizon, principal artisan du tournant axophile de la revue. Aux articles de politique étrangère et de politique nationale, le Mois Suisse propose, dans sa première année, une série d’articles dits « chroniques », consacrés aux différentes régions de la Suisse, qui exaltent généralement les spécificités géographiques et culturelles des régions du pays et mettent en avant les traditions du peuple suisse. De son côté, Léon Savary tient une chronique consacrée à la vie politique à Berne.
Tout au long de sa période de parution, le Mois Suisse propose de nombreux récits ou reportages de guerre, favorables aux puissances de l’Axe, qui se subdivisent en plusieurs épisodes. Enfin, chaque numéro consacre un article à des personnalités du passé ou du présent qui ont fait ou qui font partie de l’aristocratie ou de la haute bourgeoise, que l’on crédite d’une influence politique ou culturelle déterminante pour l’Europe de leur époque.
Laura Born & Andrea Casada
Positions
A ses débuts, sous l’influence d’Amiguet et Reynold, le Mois Suisse se veut le porte-parole des partisans conservateurs d’une rénovation nationale, dont les éléments clés sont le fédéralisme intégral, le corporatisme, la lutte contre bolchevisme et le socialisme qui serait son fourrier, une certaine xénophobie ainsi que l’importance accordée aux traditions et à une mystique de la terre et du sol. Tous ces facteurs portent la revue à voir dans les gouvernements totalitaires voisins des appuis indispensables en vue de la rénovation nationale ainsi envisagée.
Mais dès l’été 1940, le projet de rénovation nationale subit l’influence du nouveau positionnement de la Suisse dans l’environnement géo-politique créé par la victoire allemande. La sympathie pour les régimes fascistes évolue vers un rapprochement plus marqué. Ce soutien se dissimule derrière l’idée d’une adaptation au nouvel ordre. Le Mois Suisse va jusqu’à la mise en discussion de la neutralité suisse. Ses idées, présentées surtout dans les articles de Gentizon et d’Amiguet, prônent un alignement de la Suisse avec les puissances de l’Axe contre l’Angleterre et la Russie, qui ne sont pas perçus comme pays européens. Cet alignement doit garantir, paradoxalement, une certaine indépendance du pays et la possibilité pour le Suisse de jouer un rôle dans l’Europe nouvelle.
Dès 1941, avec un progressif changement dans les rangs des collaborateurs de la revue, le Mois Suisse radicalise son discours, qui colle parfaitement sur la propagande des deux Etats totalitaires. L’accent est ainsi mis, entre autres exemples, sur l’exemplarité de la collaboration française, prototype de la nouvelle Europe. La revue critique également la destitution de Mussolini par le roi d’Italie, présentée comme un coup d’Etat, et défend la République de Salo. Le bombardement des villes est apprécié fort différemment : démonstration d’une technique supérieure qui témoignerait d’une suprématie intellectuelle dans le cas de raids allemande, attaques terroristes et cruelles envers la population innocente et sans défance dans le cas de bombes anglo-américaines. Même lorsque le destin de la guerre change, et que les puissances de l’Axe commencent à perdre inexorablement du terrain, le Mois Suisse continue à présenter les deux nations comme potentiellement vainqueurs, et, misant sur les armes secrètes et les fusées V 1, à envisager une attaque surprise qui bousculerait à nouveau le visage de la guerre.
Un essai de repositionnement de la revue est tenté dans le dernier numéro. Le Mois Suisse rejoint alors le chœur fort peuplé de ceux qui rendent hommage au Général Guisan, et envisage un retour aux thèmes initiaux d’une défense culturelle. Faut-il voir dans cette ultime pirouette la raison pour laquelle Amiguet et Gentizon pourront continuer sans problème majeur leur métier de journaliste après guerre ?
Laura Born & Andrea Casada
Financement
Le lancement de la revue est possible grâce au soutien de personnes privées qui partagent les ambitions et le projet intellectuel et politique d’Amiguet. Mais ces aides, bien qu’importantes, ne peuvent pas garantir à la revue une base solide pour l’avenir. Le tirage de la revue n’est pas suffisant pour garantir son indépendance; Amiguet est obligé de trouver d’autres soutiens. Il faut relever qu'à peine lancée, la revue entre dans une période difficile à cause des restrictions économiques causées par la guerre. Soutenue par le Conseiller fédéral Philip Etter et par Gonzague de Reynold, une demande de subvention est acceptée par Pro Helvetia. Le Mois Suisse reçoit une aide de 6'000 francs pour l’année 1940. L’évolution des positions soutenues par la revue, de plus en plus ouvertement favorables à l’Axe, et la dénonciation publique par des journaux et des revues de cette dérive, rendent impossible un soutien officiel: la subvention de Pro Helvetia n’est ainsi plus réitéré l’année suivante. Amiguet doit alors trouver d’autres sources de financement et c’est assez naturellement qu’il se tourne vers les puissances de l’Axe qui vont le subventionner de manière discrète, notamment par des abonnements nombreux. Les accords signés avec la SISE (Società Importatori Stampa Estera) pour l’Italie et avec l’ambassade allemande à Berne (représentée par M. Blanckenhorn) comblent de manière importante le manque d’aides au niveau intérieur. D’après Gay-Balmaz, le Mois Suisse aurait touché des seuls Allemands au moins 40'000 francs pour l’année 1942. La comparaison avec l’aide accordée auparavant par Pro Helvetia montre bien le poids de l’engagement nazi. Quelques entreprises helvétiques ne semblent pas gênées par les positions politiques de la revue et marquent visiblement leur soutien. Ainsi la maison d’horlogerie Breitling achète plusieurs pages publicitaires entre octobre 1941 et décembre 1943, cessant vraisemblablement cet engagement en raison des menaces anglaises de la mettre sur une liste noire d'entreprises boycottées.
Laura Born & Andrea Casada
Rayonnement
Plusieurs journalistes connus de la presse conservatrice romande étant de ses collaborateurs, le Mois Suisse profite à ses débuts d’un fort soutien médiatique. Ainsi la Gazette de Lausanne comme la Tribune de Genève ou encore la Suisse libérale annoncent régulièrement le sommaire de ses numéros. On ne connaît pas le nombre d’abonnés, mais les débuts de la revue semblent prometteurs.
Avec le glissement vers des positions ouvertement fascistes, le Mois Suisse perd une partie importante du soutien qu’il avait à l’intérieur de la Suisse, ce qui l’oblige à se tourner vers les pays voisins. La revue peut compter sur l’utilité d’une publication émanant d’un pays neutre pour la propagande nazie et fasciste. Le Mois Suisse noue donc des liens étroits avec les appareils de propagande italien et allemand pour une distribution qui touche, outre les deux pays, la France (le Mois Suisse est la seule revue étrangère, avec deux revues fascistes italiennes et La Jeune-Suisse – qui partage plusieurs collaborateurs avec le Mois Suisse – à y être exportée), la Belgique, la Roumanie, la Turquie, et les autres alliés de l’Axe. Plusieurs abonnements en bloc sont souscrits par les gouvernements italien et allemand, ce qui, non seulement cache une subvention inadmissible par les autorités fédérales, mais témoigne aussi du glissement de la revue vers la droite la plus extrême et sa dépendance à l’égard des deux pouvoirs totalitaires.
Laura Born & Andrea Casada
Textes programmatiques
«A nos lecteurs […] Dès son premier numéro “Le Mois Suisse” a répondu, pour sa part, à cet ordre de mobilisation! Il va donc, s’efforcer, avec l’aide de tous ses collaborateurs, de donner aux lecteurs un tableau vivant et complet des idées et des arts en Suisse. Il cherchera, en outre, à discerner ce qui est vraiment national dans la production intellectuelle et littéraire de notre pays. C’est dire que, d’entrée de jeu, “Le Mois Suisse” adoptera une attitude de combat à l’égard de tout ce qui touche, de près ou de loin, au marxisme et aux doctrine du socialisme international. […] Donc, pour nous, ni jacobinisme, ni totalitarisme, ni communisme. Mais bien une fidélité absolue à ce qui a fait, jusqu’ici, la grandeur de la Suisse depuis ses origines. C’est dans cet esprit que nous travaillerons! C’est dans cet esprit que nous publierons des essais, des articles littéraires, politiques, historiques; des chroniques militaires, religieuses, sociales, artistiques, scientifiques. Nous voulons travailler pour la gloire d’une Suisse que n’est ni française, ni allemande, ni italienne, mais bien la Suisse du 1er août 1291».
Le Mois Suisse, n°1, avril 1939, pp. 3-5.
«La révolution allemande est, après la révolution française et sur sa ligne de force, un phénomène d’une portée universelle. [Le national-socialisme] n’est pas toute la révolution allemande : il n’en est que le début, il n’en est qu’une phase. [...] Je suis sceptique, je l’avoue, quant à la durée du Troisième Reich. En revanche, je crois à la durée de la révolution allemande. [...] Le bolchevisme, le fascisme, le national-socialisme sont incompréhensibles sans la révolution française, puisqu’ils en sont les conséquences. S’il arrivait que la guerre éclatât, que l’Allemagne fût vaincue et le national-socialisme éliminé – nous sommes ici dans le domaine du possible, et même du possible immédiat – cela ne signifierait point la fin de la révolution allemande, ni l’élimination du problème allemand».
Gonzague de Reynold, «Politique étrangère et nations européennes: l'Allemagne», Le Mois Suisse, n°5, août 1939, pp. 5-21.
«Une phase de la guerre est terminée. En Europe, nous entendons sur le continent, l’Allemagne et l’Italie ont triomphé de leurs adversaires. Une autre phase a commencé et se poursuit. Elle met aux prises l’empire britannique et les puissances de l’axe. Selon les presses italienne et allemande, l’Angleterre succombera indubitablement. L’armement du Reich sera plus puissant qu’au début de la guerre. La flotte italienne aurait prouvé qu’elle est en état de tenir tête aux unités britanniques disloquées en Méditerranée. […]. L’autorité de l’axe est de nature à bouleverser dans tous les pays de l’Europe nombre de concepts sociaux, spirituels, économiques et politiques. […] il est bien qu’il y ait à cette heure-ci une autorité s’étendant sur toute l’Europe. Si non, rien n’empêcherait notre continent de s’effondrer dans le bolchevisme, si ce n’est dans l’anarchie. Cette autorité peut empêcher que les passions et l’avidité naturelle des hommes prennent le dessus sur l’intérêt supérieur de l’organisation et de l’existence en commun de tous les peuples européens. […] Une organisation intereuropéenne pourrait, sans détruire les peuples, dominer les limites trop étroites des nations. Les États seraient appelés à sacrifier un peu de leurs libertés et de leur souveraineté au profit d’un collectivisme européen.
Paul Gentizon, «L'Europe de demain», Le Mois Suisse, n°19, octobre 1940, pp. 5-32.
«[Depuis] 1917, jusqu’à ce jour, cette doctrine sociale, basée sur le communisme et la dictature du prolétariat, n’a cessé d’agir comme une ennemie ouverte et déclarée de notre civilisation, comme une formidable machine de guerre contre l’Occident. [...] Supposons maintenant qu’au lieu d’être battues par les forces de l’Axe, les troupes des Soviets [...] s’avancent vers l’Occident et [...] – malgré la défense héroïque de notre armée – pénètrent dans notre pays. [...] Comme ailleurs, déportations, exécutions, massacres, tortures [...] le programme de la révolution mondiale serait réalisé dans notre sang et sur nos ruines. [...] Dès le printemps 1941, sitôt après le refus du Fuhrer d’abandonner l’Europe orientale au bolchevisme, des millions d’Asiates [...] se massent non loin de la frontière allemande. [...] C’est alors que [...] les troupes du Reich, rapidement concentrée par Hitler, prennent l’initiative. Avec le courage, l’élan, la discipline qui les caractérisent, les troupes du Fuhrer ont pénétré victorieusement la Russie. [...] C’est toute l’Europe qui, dans chacune de ses expressions vives, vitales et historiques prend ordre de bataille. C’est toute l’Europe unie pour frapper l’idée bolcheviste d’un coup mortel. [...] La destruction du bolchevisme est la prémisse nécessaire pour une nouvelle époque de prospérité et de paix dans l’Europe entière. La guerre contre l’Union soviétique est une guerre de libération ».
Paul Gentizon, «La croisade de la civilisation», Le Mois Suisse, n°31, octobre 1941, pp. 3-28.
« L’Italie traverse l’une des crises les plus profondes de son histoire. Sa situation est tragique, pathétique. Est-elle désespérée? Bien des fois déjà — au lendemain de Cannes, de Caporetto — la péninsule a affronté des heures qui paraissaient irréparables et les a finalement dominées. […] L’Italie est un pays aimé du monde entier. C’est la terre des grands hommes. C’est le berceau de notre civilisation. Notre continent ne peut oublier ce qu’il lui doit dans le domaine du droit, de la politique, des sciences, des arts. Il ne peut non plus négliger le fait que l’Italie a été la première nation européenne à s’opposer résolument au bolchevisme ».
Paul Gentizon, «L'Italie joue son destin», Le Mois Suisse, n°54, septembre 1943, pp. 3-8.
Laura Born & Andrea Casada
Avis contemporains
«La revue mensuelle d’idées, d’art et de littérature dont M. Philippe Amiguet, notre excellent collaborateur, est le rédacteur en chef vient de paraître. Elle a le format d’un petit volume dont la couverture d’un beau rouge orangé porte une fenêtre blanche où s’étagent, en élégants caractères noirs, les noms de tous ceux qui assurent l’éclat et la valeur de ce premier fascicule. […] Le Mois Suisse cherchera à discerner ce qui est vraiment national dans la production intellectuelle de notre pays. Ni jacobinisme, ni totalitarisme, ni communisme : une fidélité à ce qui fait la grandeur de la Suisse.»
«Le Mois Suisse», Gazette de Lausanne, 7 mai 1939
puis, dès novembre 1941, littéraire et politique. Revue nationale et européenne
- Philippe AMIGUET (1891 - 1974)
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Après avoir entamé des études de théologie qu’il ne termine pas, le jeune Philippe Amiguet inaugure dans la Tribune de Lausanne une rubrique cinéma. Monté à Paris au lendemain de la Grande Guerre, le jeune homme vit de collaborations à plusieurs journaux, dont Le Temps et L ‘Ordre, tout en étant correspondant de journaux suisses, notamment la Gazette de Lausanne. Au début des années trente, il commence à publier des ouvrages, alternant romans à succès et hagiographies princières. En 1934, il reçoit le Prix Schiller pour son roman Le pasteur Martin. De retour en Suisse à la fin des années trente, il lance le Mois Suisse dont il est rédacteur en chef. Après la guerre, il collabore à la Nouvelle Revue de Lausanne. En 1957, son roman La Grande Mademoiselle et son siècle lui vaut d’etre couronné par l’Académie française.
Laura Born & Andrea Casada
- Paul GENTIZON (1885 - 1955)
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Après des études de droit, Paul Gentizon entame une carrière de journaliste qui débute comme secrétaire à la Gazette de Lausanne, avant d'être nommé correspondant en Russie pour Le Temps. Successivement, Gentizon se rend en Allemagne, dans les Balkans, en Asie Mineure et à Rome comme envoyé spécial du Temps, de la Revue belge et de La Métropole. Correspondant de la Gazette de Lausanne en Italie dès 1932, Gentizon est fasciné par l'expérience fasciste. Il y consacre plusieurs ouvrages et défend dans le quotidien vaudois un système dont il pense qu'il est l'antidote au marxisme. En 1940, il rejoint l'équipe du Mois Suisse auquel il contribue à faire prendre le virage axophile. Dès 1944, il collabore au journal italie Il Corriere della Sera.
Laura Born & Andrea Casada
- Edmond JALOUX (1878 - 1949)
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Romancier, critique littéraire, membre de l'Académie française. Fuyant l'arrivée des troupes allemandes, il s'installe en Suisse à l'été 1940. Apôtre de la Révolution nationale pétainiste, il figure sur les listes noires du Comité national des écrivains au moment de la Libération, ce qui le contraint à prolonger jusqu'à sa mort son séjour suisse où il a acquis une réputation enviable. Proche des milieux intellectuels romands de droite avant guerre déjà, il collabore au Journal de Genève et à la Gazette de Lausanne. Sa collaboration au Mois Suisse est quantitativement importante, puisqu'il y publie environ 700 pages, de nature essentiellement littéraires. Jaloux collabore avec le Mois Suisse jusqu'en juin 1945.
Laura Born & Andrea Casada
- Gonzague de REYNOLD (1880 - 1970)
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Fils du baron Alphonse-Marie de Cressier et de Nathalie-Victorine de Techtermann, le comte Gonzague de Reynold passe une enfance solitaire, instruit par des précepteurs au château de Cressier. Après le collège Saint-Michel à Fribourg, il étudie à la Sorbonne et à l’Institut catholique de Paris dès 1899. Il publie un premier recueil de poèmes en 1899. Malade, il rentre en Suisse en 1901 où il s’intéresse à l’idée d’un art romand, puis suisse. Il s’associe alors aux frères Cingria et à Charles Ferdinand Ramuz dans l’aventure de la Voile latine (1904-1910). En 1909, puil a publié sa thèse de doctorat dans laquelle il affirme sa vision d’un « esprit suisse » et de l’ « helvétisme ». De 1909 à 1912, il est éditeur de l’ « Histoire littéraire de la Suisse au XVIIIème siècle », puis fondateur de la « Nouvelle Société helvétique » en 1914. Poète, essayiste, brillant orateur et professeur de littérature française à l’Université de Berne dès 1915, Reynold est le représentant d’une droite conservatrice, catholique et autoritaire. Durant la Première Guerre mondiale, il dirige le Bureau des conférences de l’armée. Il publie en 1929 La démocratie et la Suisse, dans lequel il s’attaque violemment à la politique libérale-radicale et critique les faiblesses de la démocratie, déclenchant une violente polémique qui lui coûte son poste de professeur. Admirateur de Mussolini et Salazar, il est hésitant face au national-socialisme. Dès 1939, il participe à la revue Le Mois Suisse, mais s’en distancie après 1943 et le rapprochement trop marqué de celle-ci des puissances de l’Axe.Il persiste pourtant dans sa colloboration: entre l'été 1944 et juin 1945, il donne à la revue quelques articles de littérature.
Considéré comme le maître à penser de tous les mouvements de droite en Suisse. Il obtient le grand prix Schiller en 1955.
Emilie Prêtre & Paulo Wirz
Références bibliographiques de la littérature secondaire
-
, "La province n’est plus la province”. Les relations culturelles franco-suisses à l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale (1935-1950) , Lausanne : Antipodes, 2003, 365 p.
-
, Le Mois Suisse , Fribourg : Mémoire de licence, 1978, 131 p.
-
, Une action pour l’ordre nouveau en Suisse romande: Le Mois Suisse 1939-1945 , Lausanne : Mémoire de licence, 1997, 71 p.
